A retenir
- La montée en puissance des LLM alimente de nombreuses projections, mais la réalité du trafic redistribué reste modérée.
- Les principales IA concentrent l’attention sans pour autant irriguer massivement les sites web tiers.
- ChatGPT domine en volume global, mais son taux de redistribution demeure limité.
- Gemini s’inscrit dans une logique d’écosystème fermé, renforçant avant tout les services internes.
- Perplexity privilégie la réponse synthétique au détriment de la navigation externe.
- Claude Ai conserve une approche qualitative qui réduit naturellement les sorties vers le web.
- Copilot se distingue par un comportement nettement plus redistributif que ses concurrents.
- La visibilité offerte par les IA relève davantage du branding que de l’acquisition directe.
- Le GEO s’intègre comme un levier complémentaire, sans supplanter les fondamentaux du référencement.
L’ère des LLM s’installe durablement dans les usages, les discours marketing s’emballent, les promesses de disruption pleuvent et beaucoup annonçaient déjà la chute imminente de Google. La réalité se révèle plus subtile, presque ironique. Les intelligences artificielles conversationnelles génèrent encore un volume marginal de trafic vers les sites web. Une réflexion s’est alors imposée naturellement : observer froidement le trafic sortant réel des principales IA grand public, mesurer ce qu’elles redistribuent véritablement, chiffres à l’appui. Le résultat réserve quelques surprises, notamment sur l’acteur que l’on croyait le plus généreux. Cette analyse se concentre exclusivement sur le marché français.

Chatgpt Et Le Mythe De La Redistribution Massive

Ouvrons le bal avec ChatGPT, poids lourd incontesté du secteur et figure centrale du débat autour des LLM. La plateforme affiche plus de 2 milliards de visites en 2025, portée par une croissance soutenue qui marque toutefois un léger ralentissement en fin d’année.
D’après les données Similarweb, sur ces deux milliards de sessions, environ 98 millions correspondent à du trafic sortant. Un chiffre impressionnant à première lecture, mais qu’il convient de décortiquer avec méthode. Près de 15 % de ce trafic retourne vers l’écosystème OpenAI. Une fois ce biais neutralisé, le ratio réel de redistribution externe chute à 4 % du trafic total.
ChatGPT attire, captive, retient. Il redistribue, certes, mais avec parcimonie. L’outil reste conçu pour apporter des réponses complètes sans encourager systématiquement la sortie.
Gemini Ou La Puissance D’un Écosystème Fermé

Trafic sortant de Gemini en France, source : Similarweb
Gemini, la réponse de Google, progresse rapidement et grignote des parts de marché. En 2025, la plateforme atteint 156 millions de visiteurs, signe d’une adoption accélérée.
Sur ce volume, près de 23 millions de sessions sortantes sont enregistrées. Le chiffre interpelle. Pourtant, l’analyse révèle une réalité plus nuancée : 74 % de ce trafic reste captif de l’univers Google. Services internes, outils propriétaires, produits maison.
Une fois ces flux neutralisés, la redistribution vers des sites tiers se limite à 3,8 %. Gemini agit avant tout comme un formidable levier de rétention, consolidant un empire déjà bien installé.
Perplexity Et La Logique De La Recherche Assistée
Longtemps perçu comme l’outsider sérieux face à ChatGPT, Perplexity voit son positionnement évoluer. Dépassé en volume par Google, l’outil conserve néanmoins une dynamique d’usage solide en 2025.
Avec plus de 52 millions de visiteurs, Perplexity génère environ 1 million de sessions sortantes. Ici, pas d’écosystème tentaculaire à filtrer, pas de redirection interne massive. Le taux de redistribution s’établit à 1,92 %.
Le modèle repose davantage sur la synthèse que sur la redirection. L’utilisateur obtient une réponse claire, contextualisée, souvent suffisante pour ne pas poursuivre sa navigation ailleurs.
Claude Ai Et La Niche Premium
Apprécié pour sa qualité rédactionnelle et ses performances techniques, Claude Ai conserve une image premium. L’outil évolue dans un segment plus restreint, mais fidèle.
En 2025, il totalise près de 40 millions de visiteurs. Sur ce volume, environ 1,2 million de sessions sortantes sont observées. En excluant les services liés à Anthropic, le taux de redistribution externe atteint 2,8 %.
Claude séduit par la profondeur de ses réponses, ce qui limite mécaniquement le besoin de navigation complémentaire.
Copilot Le Grand Distributeur Silencieux
Copilot occupe une position singulière. Intégré dans l’environnement Microsoft, il n’a pas encore atteint l’échelle espérée face à Google, mais affiche un trafic solide avec 41 millions de visiteurs en 2025.
La surprise vient du comportement de redistribution. Même après exclusion des services Microsoft, plus de 10 % du trafic est redirigé vers des sites tiers. Aucun autre modèle n’atteint ce niveau.
Copilot agit comme un véritable carrefour informationnel. Il oriente, suggère, pousse vers l’extérieur avec une générosité rarement observée chez ses concurrents.
Pourquoi les LLM n’envoient que très peu de trafic sortant en général ?
Si les LLM redistribuent peu de trafic, ce positionnement répond à une logique structurelle. Leur promesse repose sur la capacité à fournir une réponse complète, contextualisée et immédiatement exploitable, sans imposer une navigation supplémentaire. Plus la réponse est jugée satisfaisante, plus le besoin de sortie s’amenuise naturellement. Les modèles sont conçus pour maximiser le temps passé, renforcer la perception de valeur et limiter les frictions. Envoyer massivement vers des sites tiers irait à l’encontre de cette mécanique, en fragmentant l’expérience et en diluant le contrôle de l’interaction. À cela s’ajoute une logique économique claire : conserver l’utilisateur dans l’interface permet de mieux maîtriser les usages, d’enrichir les signaux comportementaux et de renforcer les écosystèmes propriétaires. Les LLM n’agissent donc pas comme des moteurs de redirection, mais comme des interfaces de synthèse, où la sortie devient l’exception et non la règle.
Qu’en tirer concrètement ?
| IA | Visiteurs 2025 | Trafic sortant total | Part interne à exclure | Taux vers sites tiers | Lecture rapide |
|---|---|---|---|---|---|
| ChatGPT | 2 milliards | 98 millions | 15% vers OpenAI | 4% | Leader en volume, redistribution mesurée |
| Gemini | 156 millions | 23 millions | 74% vers services Google | 3,8% | Croissance forte, trafic souvent captif |
| Perplexity | 52 millions | 1 million | Aucune part interne notable | 1,92% | Réponses synthétiques, sorties limitées |
| Claude Ai | 40 millions | 1,2 million | Services Anthropic exclus | 2,8% | Qualitatif, usage plus spécialisé |
| Copilot | 41 millions | Non précisé | Services Microsoft exclus | +10% | Le plus redistributif en ratio |
Au regard des volumes absolus, ChatGPT demeure le premier générateur de trafic sortant. Toutefois, en ratio, Copilot s’impose clairement comme le modèle le plus redistributif. Ces chiffres, aussi parlants soient-ils, rappellent une réalité incontournable : la visibilité générée par les IA reste marginale face aux leviers traditionnels du référencement. Le SEO conserve toute sa place, peut-être même plus que jamais, dans un écosystème où l’attention se fragmente sans jamais réellement se transférer.
Cette analyse met en lumière une réalité souvent éclipsée par l’enthousiasme ambiant autour des intelligences artificielles conversationnelles. Les LLM captent l’attention, structurent l’information et influencent la perception des marques, mais leur capacité à générer un trafic significatif vers les sites web reste contenue. Les écarts observés entre les plateformes rappellent que toutes ne jouent pas le même rôle dans la chaîne de valeur, certaines privilégiant la rétention, d’autres l’orientation.
Ce qu’il faut retenir tient en un point central : la visibilité dans les IA constitue aujourd’hui un levier d’image, de crédibilité et de présence sémantique, bien plus qu’un moteur d’acquisition directe. Le SEO demeure le socle de la performance organique, tandis que le GEO s’inscrit comme un complément stratégique, à activer avec discernement, méthode et lucidité.
