A retenir
- En France, Google génère un volume de trafic très supérieur à ChatGPT, avec un rapport proche de un à onze.
- La croissance annuelle de ChatGPT reste forte mais s’appuie sur une base limitée, ce qui relativise son impact réel.
- L’usage majoritaire en desktop confirme un positionnement orienté travail, études et production de contenus.
- Le trafic sortant de ChatGPT vers les sites web représente une part marginale du trafic global.
- La part moyenne du trafic issue de ChatGPT atteint environ 0,21 pour cent selon les données observées.
- Les LLM offrent un potentiel notable en visibilité de marque, bien plus qu’en acquisition directe.
- Le GEO mérite une place mesurée dans la stratégie, sans détourner l’attention des canaux majeurs.
Depuis plusieurs mois, une petite musique tourne en boucle dans l’écosystème digital. ChatGPT serait en train de ringardiser Google, d’aspirer ses usages, de détourner ses requêtes, de capter sa valeur. Le genre de refrain qui affole les fils LinkedIn, fait vibrer les conférences et déclenche des vocations soudaines de gourous du GEO. Plutôt que d’empiler des études parfois antagonistes, l’approche choisie ici repose sur une démarche simple, presque brutale dans sa logique. Regarder les chiffres. Rien d’autre. Pas des projections. Pas des fantasmes. Des volumes, du trafic, des proportions, observés sur le marché français via Similarweb, une source imparfaite mais cohérente pour capter les grandes tendances. Le résultat mérite une lecture attentive, car il remet bien des pendules à l’heure.
La confrontation des volumes bruts remet les récits à leur place

Premier constat, sans fard ni emphase. En France, sur l’année observée, Google génère environ 11 fois plus de trafic que ChatGPT. Onze ! Le chiffre seul suffit à refroidir certaines ardeurs. Là où ChatGPT évolue autour de quelques centaines de millions de visites mensuelles, Google caracole au-delà des deux milliards. L’écart ne se joue pas à la marge. Il se compte en dizaines de milliards de visites annuelles.
Ce différentiel massif invalide immédiatement l’idée d’un remplacement rapide. Un moteur de recherche ne se mesure pas seulement à sa capacité de réponse mais à son ancrage comportemental. Google reste le réflexe primaire. L’entrée naturelle. Le point de départ cognitif du web. ChatGPT, malgré sa puissance, intervient davantage comme un outil d’assistance, de synthèse, de reformulation, parfois de production, rarement comme un substitut frontal.
Autre élément notable, la stabilité. Le trafic de Google affiche une constance remarquable sur la période analysée, avec même une légère progression. Pas de décrochage. Pas de signal faible inquiétant. Le colosse avance à son rythme, sans donner le moindre signe de panique structurelle.
La croissance de ChatGPT impressionne mais reste trompeuse

Le chiffre qui circule le plus souvent concerne la croissance annuelle de ChatGPT. En France, l’outil progresse de 46 pour cent sur l’année 2025. Sur le papier, l’évolution semble spectaculaire. Dans les faits, il faut réapprendre à lire une courbe. Une croissance élevée appliquée à une base faible produit un effet d’optique redoutable.
La réalité s’impose rapidement. Même avec cette progression soutenue, ChatGPT reste à des années-lumière du volume total de Google. L’écart à combler dépasse les vingt milliards de visites annuelles. Autant dire une autre galaxie. La dynamique existe, personne ne la nie. Son impact macro sur la recherche reste marginal.
Cette croissance traduit surtout une adoption progressive dans les usages professionnels, éducatifs, créatifs. Elle ne signifie pas un basculement des comportements de navigation grand public. La nuance change tout.
Un usage desktop qui en dit long sur la nature réelle de l’outil
Autre donnée particulièrement éclairante, la répartition des appareils. ChatGPT affiche un usage majoritairement desktop, dépassant largement les soixante pour cent. À l’époque du mobile roi, ce chiffre surprend au premier regard. En réalité, il raconte une histoire très cohérente.
ChatGPT s’inscrit dans des contextes de travail, d’étude, de production intellectuelle. L’ordinateur offre le confort visuel, la frappe prolongée, la consultation parallèle de documents. Le mobile sert l’instantané, la navigation rapide, la recherche impulsive. Google excelle sur ce terrain. ChatGPT, lui, occupe un autre espace mental.
Cette distinction d’usage limite mécaniquement sa capacité à cannibaliser le moteur de recherche. Les deux outils ne répondent pas au même moment du parcours utilisateur. Ils se complètent plus qu’ils ne s’affrontent.
Une inflexion conjoncturelle qui amuse mais ne change rien au fond
Les courbes révèlent une légère inflexion en décembre, période correspondant à la sortie de Gemini Pro 3. L’événement a suscité de la curiosité, généré des comparaisons, provoqué quelques mouvements de trafic. L’effet reste ponctuel. Rien de structurel. Rien qui altère la trajectoire globale.
Les batailles d’annonces entre acteurs de l’IA alimentent le bruit médiatique mais modifient peu les usages ancrés. Le temps long reste l’échelle pertinente pour juger d’un basculement de paradigme.
Le trafic sortant de ChatGPT replace l’impact SEO à sa juste mesure

Pour évaluer l’influence réelle de ChatGPT sur les sites web, il faut quitter le terrain de l’audience brute et observer le trafic sortant. En France, la part du trafic sortant de ChatGPT s’élève à environ 0,047% du trafic total du site. Le chiffre parle de lui-même.
Même en retenant des estimations plus optimistes évoquant 0,69% (Search Engine Land) la proportion reste marginale. Loin, très loin des canaux structurants. Ce trafic existe, il progresse, mais il ne bouleverse aucun modèle d’acquisition.
Les sites les plus cités par ChatGPT captent logiquement la majorité de ce flux. Les plateformes encyclopédiques, les géants technologiques, les acteurs de référence. Pour ces sites, l’impact en valeur absolue devient visible. Pour l’immense majorité du web, il demeure anecdotique.
Le recroisement des données met fin au fantasme du GEO salvateur

En recroisant le trafic entrant depuis ChatGPT avec le trafic total des sites concernés, une moyenne s’impose. En 2025 et 2026, la part de ChatGPT représente environ 0,21% du trafic global d’un site web selon Similarweb. Une moyenne, certes. Mais une moyenne suffisamment stable pour tirer des enseignements solides.
Ce pourcentage concerne principalement des sites recevant déjà des volumes massifs. En valeur absolue, ils bénéficient d’un flux non négligeable. En proportion, l’impact reste contenu. Le fameux GEO, souvent présenté comme une nouvelle ruée vers l’or, apparaît surtout comme un levier de niche.
La promesse d’un relais de croissance décisif relève davantage du storytelling que de l’analyse rationnelle. L’optimisation pour les LLM ne remplace rien. Elle s’ajoute, à la marge.
La question de la visibilité mérite un raisonnement différent

Là où le sujet devient plus intéressant, c’est sur le terrain de la visibilité. En extrapolant les données issues de certaines études, il devient possible d’estimer le nombre de citations de marque générées par ChatGPT. Une approche comparable aux impressions dans la Search Console.
Les volumes obtenus changent d’échelle. Les marques les plus citées bénéficient d’une exposition considérable. Non pas en clics, mais en présence mentale. Le nom s’imprime. La référence s’installe. La crédibilité se renforce.
Ramenée à un équivalent impressions, la visibilité offerte par les LLM représenterait environ 1,85% de ce que génère encore Google. Le chiffre reste inférieur, mais il n’est plus dérisoire. La nuance devient stratégique.
Les LLM comme levier de notoriété et non d’acquisition massive
Cette lecture change profondément l’approche. Chercher à faire du volume via ChatGPT relève de l’erreur de diagnostic. En revanche, travailler sa présence, sa citation, son statut de source fiable ouvre des perspectives intéressantes sur le plan de la notoriété.
Les LLM façonnent des représentations. Ils orientent les discours. Ils influencent les choix en amont des parcours d’achat. Leur impact se mesure rarement en clic direct mais souvent en décision différée.
Dans ce contexte, investir le champ du GEO prend du sens, à condition de l’inscrire dans une stratégie globale, maîtrisée, proportionnée. Pas comme un eldorado. Comme un canal d’image.
Le danger réel réside dans la perte de lucidité stratégique
L’emballement autour du sujet révèle surtout une faiblesse récurrente du marketing digital. La fascination pour la nouveauté. L’envie de croire à un raccourci miraculeux. La tentation d’abandonner les fondamentaux pour une promesse encore floue.
Les chiffres rappellent une évidence. Les canaux historiques restent dominants. SEO, SEA, réseaux sociaux, email, partenariats. Rien n’a disparu. Rien ne disparaîtra brutalement.
Les LLM s’ajoutent à l’écosystème. Ils ne le remplacent pas. Les ignorer serait une erreur. Les surinvestir serait une autre forme d’aveuglement.
Une lecture froide des données protège des décisions hâtives

Le mérite de cette analyse repose sur une approche factuelle. Les chiffres français montrent une réalité bien plus nuancée que les discours dominants. ChatGPT progresse. Google reste écrasant. Le trafic direct généré par les LLM demeure marginal. La visibilité, elle, commence à devenir intéressante.
Ce décalage explique bien des incompréhensions. Ceux qui raisonnent en clics crient à l’effet de mode. Ceux qui raisonnent en image parlent de révolution. Les deux ont partiellement raison. À condition de ne pas mélanger les métriques.
Le rôle d’un stratège digital consiste précisément à hiérarchiser ces signaux, à les pondérer, à les intégrer sans jamais perdre de vue l’objectif principal. Générer de la valeur mesurable.
Les LLM constituent un terrain à observer, à tester, à apprivoiser. Ils ne justifient ni panique, ni euphorie. Le web reste un écosystème complexe, lent à basculer, résistant aux prophéties expéditives.
Ceux qui continueront à bâtir sur des bases solides, tout en explorant ces nouveaux territoires avec méthode, conserveront une longueur d’avance. Les autres continueront à courir après des mirages, en espérant qu’un prompt bien tourné remplace des années de stratégie.
Les LLM restent donc un canal à surveiller, pas à surinvestir, bien que ce soit sexy en termes d’image de marque, cela ne doit pas faire oublier les fondamentaux mais surtout l’essentiel : soigner tous ses canaux d’acquisition, particulièrement ceux qui ramènent le plus de trafic.
